No 153 – série 2025-2026
Évangile du jeudi 19 février 2026 – jeudi après les cendres
« Celui qui perdra sa vie à cause de moi la sauvera » (Lc 9, 22-25)
En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples :
« Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup,
qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes,
qu’il soit tué,
et que, le troisième jour, il ressuscite. »
Il leur disait à tous :
« Celui qui veut marcher à ma suite,
qu’il renonce à lui-même,
qu’il prenne sa croix chaque jour
et qu’il me suive.
Car celui qui veut sauver sa vie
la perdra ;
mais celui qui perdra sa vie à cause de moi
la sauvera.
Quel avantage un homme aura-t-il
à gagner le monde entier,
s’il se perd ou se ruine lui-même ? »
Texte d’Évangile tiré du Prions en Église. S’abonner au Prions.
Méditation – Fatima
Assis au cœur de la foule, à l’ombre des oliviers millénaires, est-ce à Cana? Le Maître vient de partir, laissant dans son sillage ces paroles graves, solennelles, énigmatiques prononcées avec force et conviction, mais je sens l’amour planer au-dessus de nous et je demande des explications…
De retour à la réalité, plusieurs années plus tard, assis au pied de l’Oratoire, face à mon accompagnatrice spirituelle, au cours d’un dialogue à trois, oui, à trois! car l’Esprit saint, discret, mais toujours présent, assiste, conseille, éclaire. C’est alors que la révélation d’une ancienne rencontre me vint à l’esprit, jaillissant de mon cœur profond, me poussant à parler au nom de ceux qui n’ont pas de nom.
Elle est venue de l’oubli, de nulle part, elle n’avait que son cœur pour nom, un cœur sans lendemain. Petite, frêle, aux portes de l’adolescence, et à la fin de l’enfance, pâle, maigre, les yeux cernés, paupières palpitantes et lèvres cyanosées.
C’était pour moi le jour de l’examen final de médecine où l’avenir professionnel se décide.
Elle a remarqué mon angoisse et mon appréhension. Sans paroles, son regard m’offrait son acceptation, son encouragement et j’ai cru sentir sa compassion. Elle avait déjà vu défiler et perçu de quoi son cœur souffrait et attiré l’attention, car elle n’était qu’un organe malade, son cœur, sa seule richesse, et elle a choisi de l’offrir en gage de pauvreté sublime.
Quand l’auscultation prit fin et que j’ai retiré ma main déposée sur son frêle thorax dénudé et que j’ai entendu le message que son cœur m’a envoyé, l’examinateur interrompit ce qui me semblait être une confession :
- Monsieur S., qu’avez-vous trouvé?
- Un frémissement, dis-je, on dirait le ronronnement d’un chat!
C’était un frémissement cataire, verdict fatal, un défaut congénital, annonciateur de perte de vie, alors que les avancées chirurgicales actuelles n’étaient pas encore de cours.
Dans le regard de ma « patiente », j’ai lu la confirmation, tant entendue auparavant, mais aussi l’espoir, la conviction et la prévision d’un avenir de temps de naissances et de guérisons. Pour consoler mon regard triste, elle m’a chuchoté : « mon nom est Fatima! »
Quand je suis retourné le lendemain pour témoigner ma gratitude, le lit était vide, les draps blancs, pliés, elle était partie dans la nuit, son cœur avait flanché. Fatima avait une mission.
Depuis, quand le désespoir du tombeau m’enferme dans ses griffes, j’implore la Vierge Marie de passer devant et, dans son sillage gracieux, parfois, la main de Fatima est là, tenant un coin du grand manteau bleu.
Une vie perdue, mais combien d’autres sauvées? Fatima aurait renoncé, perdu sa vie offerte à la science sachant que l’avenir serait porteur de joies, de naissances et de guérisons, tout simplement.
C’est à cette vision de grâce que la gratitude apaise mon cœur.
Don de vie, souffrance et renoncement, messages déposés par le Fils de l’Homme, dans le cœur des oubliés, afin qu’ils deviennent sources d’espérance pour les vivants dans une continuité à jamais renouvelée.
Ouvrons nos cœurs, accueillons ces paroles avec amour et bienveillance, donnons nom à tous ces oubliés. C’est dans le renoncement et l’humilité que germera notre humanité, pour que la souffrance ne soit pas vaine, mais plutôt génératrice de vie éternelle.
Autour de la fête de la Saint-Valentin, fête de l’amour, exprimons notre gratitude à ceux qui, par amour de la vie sauvée donnent de leur sang, de leurs organes, ainsi qu’à tous les bénévoles, les accompagnateurs, les secouristes sur les champs de guerre, qui au péril de leur vie, donnent la leur, pour tous ces donneurs de vie, prions.
Car c’est dans le don que se révèle notre humanité.
Paul Sidani – paulsidani@videotron.ca
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