No 146 – série 2025-2026
Évangile du jeudi 12 février 2026 – 5ème Semaine du Temps Ordinaire
« Les petits chiens, sous la table, mangent bien les miettes des petits enfants ! » (Mc 7, 24-30)
En ce temps-là,
Jésus partit et se rendit dans le territoire de Tyr.
Il était entré dans une maison,
et il ne voulait pas qu’on le sache,
mais il ne put rester inaperçu :
une femme entendit aussitôt parler de lui ;
elle avait une petite fille possédée par un esprit impur ;
elle vint se jeter à ses pieds.
Cette femme était païenne, syro-phénicienne de naissance,
et elle lui demandait d’expulser le démon hors de sa fille.
Il lui disait :
« Laisse d’abord les enfants se rassasier,
car il n’est pas bien de prendre le pain des enfants
et de le jeter aux petits chiens. »
Mais elle lui répliqua :
« Seigneur, les petits chiens, sous la table,
mangent bien les miettes des petits enfants ! »
Alors il lui dit :
« À cause de cette parole, va :
le démon est sorti de ta fille. »
Elle rentra à la maison,
et elle trouva l’enfant étendue sur le lit :
le démon était sorti d’elle.
Texte d’Évangile tiré du Prions en Église. S’abonner au Prions.
Méditation – La Galilée intérieure
En méditant ce passage évangélique de l’humilité, de l’audace et de l’espérance qui se présentent souvent de façon émiettée, me vient la Parole de Paul : « Laissez-vous guider intérieurement par un esprit renouvelé » (Ep 4.17-24).
Une mère émiettée devant la souffrance de son enfant saisie par le Mal, une personne émiettée de ne pouvoir appartenir à aucune forme de protection sociale, politique ou religieuse, étant femme et ni juive ni romaine. Une femme comme notre Galilée intérieure, porteuse d’une foi inouïe, d’une audace inédite et d’une espérance déraisonnable. Cette femme, cette mère, cette personne déconsidérée, même par le Christ, brille comme un jour qui ne connaîtra jamais le déclin. Dans toute son humilité et son espérance rocheuse, elle est réponse et émerveillement jusqu’à ébranler le Christ! Elle représente notre terre sacrée et semée, notre continent intérieur peuplé de visages de Dieu croisés sur notre chemin de vie. Elle est la dimension maternelle de ce Dieu méprisé qui souffre pour le mal de ses enfants et s’acharne, au creux de son humilité, à quêter des miettes de notre amour, ce miracle latent.
La Galilée intérieure ne correspond pas au tracé arpenté par nos projets, à ce qui est annoncé dans notre cv. Dans la Parole de ce matin, le Christ ne correspond pas non plus à nos attentes si mesurées. Souffle de vie qui se fraye pourtant un passage en nos terres intérieures, plus ou moins hospitalières, entre mon oui et mes doutes.
Même un athée m’accorderait que notre modernité tardive fait le constat d’une misère spirituelle galopante. En témoignent, les lucratifs rayons ensevelis de livres sur développement personnel, le self-help disent les plus lucides. En témoigne, le lent mouvement des personnes accompagnées qui pointent leur coeur en le nommant, renommant jusqu’à épuisement le « grand trou », le « vide intérieur ». Ce continent intérieur désormais débarrassé de la présence de Dieu, bien de nos semblables ne savent plus comment l’habiter, l’explorer ni même s’y laisser conduire. La désacralisation de l’identité, l’évidement du divin, de l’altérité, du Tout-Nouveau pourtant constitutif de cette identité. L’évidement moderne a transformé l’identité en un sanctuaire touristique. Court passage, brève déférence. On y voue un culte à l’usage exclusif des hommes afin d’y pratiquer la pleine attention, la dévotion au moi et à sa raison bien souvent déifiée. Mais l’Esprit fraye son chemin, patiemment, en ces terres désertées, en cette intériorité ratatinée.
À l’image de cette mère émiettée, l’intériorité, n’a pas son langage propre, elle a la bienheureuse et périlleuse caractéristique de se dire avec les mots un peu rugueux du monde. Si au plus profond, il y a le refus de l’altérité, la peur et l’ignorance de soi qui se terrent dans le « sous-soi », cette mère, en revanche, enracine sa parole pour le salut de l’autre et de sa chair. Agenouillée et debout tout à la fois, elle insiste devant le Christ étonné. Elle laisse place à une espérance irriguée qui vient d’ailleurs, d’un ailleurs en soi.
De la Galilée en passant par la Samarie d’aujourd’hui, d’où vient cet ailleurs en moi qui sauve ? Il s’agirait donc de partir à la découverte de ce divin du soi, cet homme, cette femme renouvelés du-dedans qui nous guident selon saint Paul. Cette colocation divine et humaine qui campe en soi depuis toujours, nous accueille sans réserve, va au-devant de nous, avec audace et humilité. Dieu est l’hôte perdu qui nous retrouve, nous célèbre et nous revêt de sens et de vie après nos errements jusqu’à l’émiettement. Il fait la fête dans des dimensions inconnues de mon être en les unifiant et en nous sauvant. Au coeur de mon cri, je redécouvre que je suis d’abord une humanité toute entière, renouvelée, abritant une essence vie en plénitude malgré ou peut-être grâce à ma dignité émiettée.
Barbara Martel – bmartel@lepelerin.org
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