No 142 – série 2025-2026

Évangile du dimanche 8 février 2026 – 5ème dimanche du Temps Ordinaire

« Vous êtes la lumière du monde » (Mt 5, 13-16)

En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples :
    « Vous êtes le sel de la terre.
Mais si le sel devient fade,
comment lui rendre de la saveur ?
Il ne vaut plus rien :
on le jette dehors et il est piétiné par les gens.

    Vous êtes la lumière du monde.
Une ville située sur une montagne
ne peut être cachée.
    Et l’on n’allume pas une lampe
pour la mettre sous le boisseau ;
on la met sur le lampadaire,
et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison.
    De même, que votre lumière brille devant les hommes :
alors, voyant ce que vous faites de bien,
ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. »

Texte d’Évangile tiré du Prions en Église. S’abonner au Prions.

Méditation – Notre être, sel et lumière !

Jésus nous surprend… Il pourrait facilement se donner le monopole de la capacité de donner de la saveur et d’éclairer. Et voilà qu’Il parle de nous. Sa manière à Lui d’être Sel et Lumière, c’est justement de nous révéler le précieux de notre vie pour Dieu. Son Regard sur nous lève le voile sur notre mystère et sur la mission inscrite en notre être.

Et voilà que le sel a rendez-vous avec la terre, et la lumière avec le monde!

Ce qui nous touche et nous rejoint nous met sur la piste de « l’ADN » de notre identité, avec la mission qui nous est propre.

Il y a un lien entre le Don que nous sommes et ce qui éveille en nous un sentiment de plénitude ou ce qui nous fait souffrir. Notre manière d’éprouver la vie, même dans ce que la blessure nous a fait vivre, parle du Don caché qui nous habite. Pour la personne qui porte un don de paix, les situations de conflits interpelleront son cœur… pour les personnes éprises de vérité, le mensonge lui sera intolérable… pour la personne habitée par un souci de justice, les situations d’injustices susciteront qu’elle se lève pour dénoncer ce qui est injuste. Le Don qui habite chaque personne la rend sensible aux situations qui appellent le Don qu’elle est… L’une sera interpellée par les personnes malades, une autre par les enfants, une autre par les personnes pauvres, une autre par les itinérants, une autre par les personnes seules ou atteintes d’un handicap. Notre manière d’éprouver la vie est éloquente de notre être… Et voilà que Jésus nous révèle la posture de cette relation qui marque sa manière d’être avec nous, comme aussi ce qui est chemin de son Souffle dans nos relations.

Les images que Jésus prend sont éloquentes.

« Vous êtes le sel de la terre ». Le sel a en propre d’être au service des saveurs où il est caché. Bien qu’invisible dans la nourriture, il sait relever la saveur des mets où il se trouve. Il n’est pas là pour lui-même : si le plat cuisiné goûte le sel, c’est qu’il y en a trop ! Il n’est pas là pour devenir la vedette de la recette. Il est dans ce service humble de révéler le différent de lui dans toute sa richesse.

« Vous êtes la lumière du monde ». De la même manière, la lumière qui est sur le lampadaire n’est pas faite pour être regardée. Si on fixe les yeux sur les phares d’une voiture, nous sommes aveuglés… L’utilité des phares est de nous permettre d’éclairer la route où nous avançons. La lumière a en propre aussi de n’être perceptible, dans le rayonnement qu’elle apporte, que sur les objets qu’elle éclaire. Dans la nuit, entre le lampadaire que l’on peut voir allumé et le sol, on ne voit pas le rayon… à moins qu’il y ait un brouillard ou une bruine qui la répercute et la dévoile… C’est d’ailleurs pour cette raison que dans la mise en scène des spectacles, on utilise la brume scénique afin de rendre visibles les faisceaux lumineux. La lumière se révèle dans ce qu’elle éclaire à travers ce qui est éclairé à cause d’elle. Nous ne verrions rien de la lune, si ce n’était de la lumière du soleil. Et cette lumière du soleil rend rayonnante la lune au cœur même de la nuit. La passivité où la lune se trouve parce qu’elle n’est pas la source de la lumière ne lui enlève en rien la capacité qu’elle a de rayonner du soleil. La lumière n’est pas faite pour elle-même.

Cet « altruisme » foncier du sel et de la lumière au service de la saveur de la nourriture ou en fonction des personnes qui sont dans la maison, nous révèle le propre de Dieu qui n’est que Don, élan éternel vers nous, dans cet Amour pour nous qui est sans mesure.

Comme l’exprime Mme Marie-Noelle Thabut :

« Le sel et la lumière n’existent pas pour eux-mêmes… ce qui compte, c’est la terre, c’est le monde. Le sel et la lumière ne comptent que par rapport à la terre et au monde. Ils sont des révélateurs… Le sel met en valeur la saveur des aliments… La lumière fait connaître la beauté des êtres et du monde. Les aliments existent avant de recevoir le sel… le monde existe avant d’être éclairé.

Sel de la terre, nous sommes là pour révéler aux autres la saveur de leur vie, pour leur révéler le Nom de Celui qui agit à travers eux.

Lumière du monde pour mettre en valeur la beauté de ce monde… C’est le regard d’amour qui révèle le vrai visage des personnes et des choses. C’est Dieu Lui-même qui veut briller à travers nous. »[1]

Par sa Parole, le Christ nous révèle la présence d’un Don de Dieu qui habite chaque personne où s’inscrit un appel à une fécondité pour les autres. Alors que nous pensons souvent que notre valeur trouve sa source dans notre agir, Jésus associe plutôt ce dynamisme du sel et de lumière à notre être.

À l’occasion d’une rencontre de baptême, un couple demandant le baptême pour leur enfant a été source de lumière pour moi. Déjà, à la seule vue de leur regard et de leur manière d’être ensemble, même fatigués, je voyais le bonheur qui les habitait. Il s’agissait pourtant de leur 5e enfant. L’une des sœurs du nouveau-né était présente… elle s’exprimait librement, et dans sa prise de parole, elle bénéficiait de toute l’écoute de ses parents, dans un grand respect où ils ne cherchaient pas à lui imposer leur propre réponse. Lorsque je leur ai demandé ce qu’ils désiraient, ils m’ont exprimé leur désir que chacun de leurs enfants puissent s’épanouir… Et puis, ils m’ont raconté un rêve dont ils sont porteurs. Ils ont été famille d’accueil pour un jeune qu’ils ont accueilli chez eux. Les travailleurs sociaux qui les accompagnaient, voyant leur manière d’être et de faire, les ont interpellés pour l’accueil d’un autre… ce à quoi ils ont dit oui. Au fil du temps, la maman, appuyée par son époux, s’est sentie interpellée à mettre sur pied une ressource pour les jeunes filles qui deviennent maman. Depuis 2 ans, ils sont actuellement dans les démarches administratives exigeantes pour la naissance de cette ressource. « Les besoins sont grands dans notre quartier… » m’ont-ils dit. Leur cœur est allumé… Ils ne font pas la promotion de leur personne… Je ne suis même pas sûrs qu’ils voient qu’ils sont rayonnants et beaux de ce qui émane d’eux. Dans leurs yeux, ces filles-mères portent une beauté, même au cœur de la situation de fragilité qu’elles vivent. Leur amour les fait entrer dans le mystère d’un don où ils ne se voient plus alors qu’ils sont « sel de la terre » et « lumière du monde ».

Nous sommes invités par le Christ à mettre en lumière la beauté de ce monde, à devenir cette présence, qui, cachée dans la pâte et enfouie au cœur de la vie, même dans l’invisibilité où nous pouvons nous trouver, sait reconnaître et éveiller la saveur du Don de l’autre. À la suite du Christ, devenir une présence d’amour à travers laquelle Dieu Lui-même veut briller et donner de la saveur à travers nous.

En choisissant d’aimer à la suite du Christ, devenons contagieux et complices de son Œuvre. Dans la saveur que son Amour donne à notre vie et éclairés par Lui, devenons contemplatifs de la Beauté que nulle obscurité ne peut éteindre. Que notre manière d’être en relation avec les autres, éveille la saveur qui leur est propre.

Émerveillés, nous découvrirons comment Dieu se donne à voir et à goûter par Amour pour nous, sous les apparences les plus cachées !

Ce secret respire dans l’Eucharistie.

L’abbé Paolo – maheux.paolo@gmail.com


[1] Tiré des commentaires de Marie-Noelle Thabut sur l’Évangile de ce dimanche. https://eglise.catholique.fr/approfondir-sa-foi/la-celebration-de-la-foi/le-dimanche-jour-du-seigneur/commentaires-de-marie-noelle-thabut/536564-commentaires-du-dimanche-8-fevrier-2/



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