No 28 – série 2026-2027
Évangile du dimanche 4 octobre 2026 – 27ème dimanche du Temps Ordinaire
« Il louera la vigne à d’autres vignerons » (Mt 21, 33-43)
En ce temps-là,
Jésus disait aux grands prêtres et aux anciens du peuple :
« Écoutez cette parabole :
Un homme était propriétaire d’un domaine ;
il planta une vigne,
l’entoura d’une clôture,
y creusa un pressoir et bâtit une tour de garde.
Puis il loua cette vigne à des vignerons,
et partit en voyage.
Quand arriva le temps des fruits,
il envoya ses serviteurs auprès des vignerons
pour se faire remettre le produit de sa vigne.
Mais les vignerons se saisirent des serviteurs,
frappèrent l’un,
tuèrent l’autre,
lapidèrent le troisième.
De nouveau, le propriétaire envoya d’autres serviteurs
plus nombreux que les premiers ;
mais on les traita de la même façon.
Finalement, il leur envoya son fils,
en se disant :
‘Ils respecteront mon fils.’
Mais, voyant le fils, les vignerons se dirent entre eux :
‘Voici l’héritier :
venez ! tuons-le,
nous aurons son héritage !’
Ils se saisirent de lui,
le jetèrent hors de la vigne
et le tuèrent.
Eh bien ! quand le maître de la vigne viendra,
que fera-t-il à ces vignerons ? »
On lui répond :
« Ces misérables, il les fera périr misérablement.
Il louera la vigne à d’autres vignerons,
qui lui en remettront le produit en temps voulu. »
Jésus leur dit :
« N’avez-vous jamais lu dans les Écritures :
La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs
est devenue la pierre d’angle :
c’est là l’œuvre du Seigneur,
la merveille devant nos yeux !
Aussi, je vous le dis :
Le royaume de Dieu vous sera enlevé
pour être donné à une nation
qui lui fera produire ses fruits. »
Méditation – Merveille sous nos yeux : la pierre rejetée devient la pierre d’angle !
Un homme cogne à la porte d’une dame… Il a un bouquet de fleurs qu’il lui offre à cause de l’amour qu’il lui porte… Elle prend les fleurs et ferme la porte, laissant l’homme à l’extérieur, encore sous le choc de s’être vu refuser la possibilité de la relation dont les fleurs portaient le secret et l’espérance.
Prendre l’objet donné… et être indifférent à celui qui nous le donne. Chosifier le réel, vouloir s’en accaparer et ne point voir l’Amour qui nous cherche. Prisonniers de la possessivité qui étouffe et musèle la voix de la vie, les vignerons deviennent sourds aux messagers qui les interpellent.
Obnubilés par la convoitise des fruits, l’Amour de Dieu, qui les précède et veut faire alliance avec eux, se voit ignoré, par cet égoïsme qui n’a d’yeux que pour leurs intérêts propres. Aveugles de la Gratuité inscrite au cœur de leur vie, ils n’ont d’horizon que pour eux-mêmes. Mais le propriétaire ne se laisse pas vaincre… Il continue d’interpeller les vignerons à travers l’envoi répété de ses serviteurs.
Sans compter, il met tout en œuvre pour cette vigne qui lui est précieuse : il la plante, l’entoure d’une clôture pour la protéger des prédateurs, il y creuse un pressoir pour qu’une fois la récolte mûre, tout soit déjà prêt pour la préparation du vin espéré. Il construit même une tour de garde, dans cette vigilance qui met tout en œuvre pour la protéger.
De plus, il choisit de confier sa vigne à des vignerons : l’absence dans laquelle il entre, exprime la radicalité de cette confiance qu’il fait aux ouvriers de sa vigne. Son départ en voyage n’est pas signe de son désintérêt pour cette vigne préparée avec tant de soins. Ce voyage est lié à la confiance qu’il fait à ses vignerons : il prend au sérieux ces « choisis » pour le soin de sa vigne. À la grâce du Don s’ajoute la grâce de la confiance : le propriétaire les fait devenir collaborateurs de son agir créateur.
Arrive le temps des fruits. Au don généreux et à la confiance sans réserve du propriétaire, voilà que les vignerons s’accaparent tous les fruits… Ils n’hésitent pas à maltraiter et tuer les serviteurs, qui leur sont pourtant envoyés dans l’espérance d’un don en réponse à l’infini gratuité dont ils sont les bénéficiaires. Ainsi l’alliance tant désirée prendrait chair. Mais la réponse des vignerons n’est pas de l’ordre du Don : ils cherchent à s’approprier pour eux-mêmes tous les fruits de la vigne. Dans l’avidité qui les ronge, ils sont fermés à la relation offerte. Ils prennent les fruits sans se soucier de la source qui les rend possibles… Comme on prend la chair sans le secret de la confidence et la chaleur de l’amour… Comme on exploite la nature et la terre en épuisant ses ressources, sans même se soucier de ceux et celles qui nous suivront… Comme on écoute l’autre pour simplement chercher à le coloniser par nos propres réponses… On peut si facilement tout ramener à soi.
Ainsi, les yeux pleins de ce qui nous obsède et nous garde vides et prisonniers de nous-mêmes, nous devenons indifférents à la Gratuité et à la confiance offertes sans réserve. Nous renions la source qui a rendu possible les fruits. Dieu continue pourtant de persévérer dans la confiance en ses vignerons, jusqu’à leur envoyer son fils. Mais pour eux, la vie de l’héritier ne pèse pas lourd à côté de leurs propres intérêts… Ils le mettront à mort.
Par cette possessivité à travers laquelle l’inaltérable Amour est ignoré et crucifié, les vignerons font surgir la mort, là même où respire le secret des fruits, dans l’amour où Dieu se donne. C’est le vin de cette vigne que Jésus boira au Jeudi-Saint en acceptant, par l’offrande de sa vie, de continuer de nous aimer, là où notre refus de l’amour engendre la mort.
La réponse des grands prêtres et des anciens quant au sort qu’ils réserveraient à ces vignerons homicides cautionne le chemin de mort : « Ces misérables, il les fera périr misérablement ». C’est la loi du Talion : « Œil pour œil, dent pour dent ». Ainsi se dévoile la logique de mort présente en eux.
Jésus renverse cette logique mortifère : c’est le Royaume qui leur sera enlevé et non la vie. Rien n’empêchera cet Amour de s’offrir. Bien que refusé, il continuera de n’être que Don. Rien ne peut nous séparer de son Amour.
Jésus nous révélera le renversement de nos logiques de mort à travers ces mots : la pierre rejetée par les bâtisseurs deviendra la « pierre d’angle » . C’est en Jésus, qui a été rejeté par notre mal, que toute notre vie peut basculer. En chacun se trouve une pierre que nous rejetons et que nous avons discréditée comme bâtisseur de notre propre vie. Cette pierre qui condamne notre vie, est précisément celle dans laquelle Jésus est descendu en traversant le mal et la mort par son Amour pour nous. Il fait ainsi de notre faiblesse, le lieu où se manifeste son Amour le plus grand : la pierre rejetée devient ainsi la pierre d’angle. Cette découverte bouleversante de la Gratuité offerte, se dévoile dans l’accueil du pardon et de l’Amour que le Christ nous offre, là même où nous donnons prise au rejet de nous-mêmes : dans nos faiblesses, notre péché, nos limites et tout ce qui nous disqualifie à nos yeux.
Même lorsque les grands prêtres auront rejeté la pierre qu’est Jésus, le Christ aura semé la Parole, antidote du mal dont nous sommes prisonniers. Cette pierre que nous rejetons, déjà présente au cœur de notre vie et de notre histoire, est une pierre d’attente. Le Christ veut en faire le lieu où Il continue de nous aimer afin que soit renversé ce qui tue et que nous puissions entrer dans l’expérience d’être sauvé. Notre faiblesse et notre fragilité, celles-là même où nous avons refusé l’Amour qu’Il nous offre, sont les matériaux choisis par le Christ pour nous manifester la démesure de son Amour qui nous sauve.
N’hésitons pas à nous remettre entre les mains du Christ qui renverse nos logiques de mort par le Don qu’Il fait de sa vie. Par les failles à travers lesquelles nous faisons l’expérience d’être impuissants à nous construire, cherchant désespérément à colmater nos vies en nous appropriant ce qui est donné… Par ces mêmes failles, le Christ vient à notre rencontre. Il nous fait entrer dans la visibilité de sa Tendresse pour les pécheurs que nous sommes. La pierre rejetée… devient la pierre d’angle où toute notre vie peut enfin respirer de la Gratuité de son Amour.
Merveille sous nos yeux que cette Œuvre du Seigneur qui fait de la pierre rejetée par les bâtisseurs, la pierre d’angle d’un vin nouveau : celui de sa Miséricorde, qui porte le secret d’un Amour que rien n’arrête et qui ne cesse jamais de nous construire.
L’abbé Paolo – maheux.paolo@gmail.com
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