No 128 – série 2025-2026
Évangile du dimanche 25 janvier 2026 – 3e dimanche du temps ordinaire
Il vint habiter à Capharnaüm pour que soit accomplie la parole d’Isaïe (Mt 4, 12-17)
Quand Jésus apprit l’arrestation de Jean le Baptiste, il se retira en Galilée. Il quitta Nazareth et vint habiter à Capharnaüm, ville située au bord de la mer de Galilée, dans les territoires de Zabulon et de Nephtali. C’était pour que soit accomplie la parole prononcée par le prophète Isaïe : Pays de Zabulon et pays de Nephtali, route de la mer et pays au-delà du Jourdain, Galilée des nations ! Le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu une grande lumière. Sur ceux qui habitaient dans le pays et l’ombre de la mort, une lumière s’est levée. À partir de ce moment, Jésus commença à proclamer : « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. »
Comme il marchait le long de la mer de Galilée, il vit deux frères, Simon, appelé Pierre, et son frère André, qui jetaient leurs filets dans la mer ; car c’étaient des pêcheurs. Jésus leur dit : « Venez à ma suite, et je vous ferai pêcheurs d’hommes. » Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent.
De là, il avança et il vit deux autres frères, Jacques, fils de Zébédée, et son frère Jean, qui étaient dans la barque avec leur père, en train de réparer leurs filets. Il les appela. Aussitôt, laissant la barque et leur père, ils le suivirent.
Jésus parcourait toute la Galilée ; il enseignait dans leurs synagogues, proclamait l’Évangile du Royaume, guérissait toute maladie et toute infirmité dans le peuple.
Texte d’Évangile tiré du Prions en Église. S’abonner au Prions.
Méditation – Tout abandonner pour Te suivre !
L’emprisonnement de Jean-Baptiste donne le signal… Alors même que la résistance et l’opposition à la prédication de Jean-Baptiste se manifestent, Jésus se lève pour, Lui-même, reprendre la même interpellation à la conversion. Cet emprisonnement de Jean-Baptiste pourrait être lu comme « Ça ne donne rien, il n’y a rien à faire… ils sont fermés ! On perd notre temps ! ». Mais pour Jésus, c’est le moment de plonger dans sa Mission, à la manière d’un médecin qui, à la vue des symptômes confirmant la maladie, choisit d’intervenir pour soigner, pour guérir. L’ombre de la croix se profile déjà… Comme Dieu fera surgir la Vie et la Résurrection de la souffrance et de la mort, Jésus fait de notre mal et de notre enfermement, le lieu où Il choisit de descendre pour nous sauver.
La décision de Jésus d’aller en Galilée est signifiante : composée de 2 anciennes tribus d’Israël (Zabulon et Nephtali) qui, dans le passé, ont été les premières à être annexées par l’envahisseur assyrien, cette Galilée est marquée par un métissage culturel dont les influences étaient une menace à l’orthodoxie. Au nom de l’ouverture aux cultures qui s’y trouvent, ses habitants ont renoncé aux règles les plus strictes de la Loi : pour cette raison, cette Galilée des nations est discréditée par les Juifs. C’est là que Jésus commencera son ministère.
Sans tarder, Jésus choisit d’appeler déjà ses premiers disciples. Contrairement aux coutumes du temps où c’est le disciple qui choisit son maître, ici, c’est Jésus qui prend l’initiative d’interpeller ces pêcheurs à Le suivre. Bien qu’ils soient identifiés par l’évangéliste, Jésus ne prononce même pas leur nom dans le récit que nous en fait Matthieu. Celui-ci nous donne simplement un instantané, comme une simple photo, où se condense l’appel qui fait basculer leur vie, alors même que leurs filets définissaient leur identité et accaparaient leur attention et leurs énergies.
Ils ont en commun d’être pêcheurs, familiers de la mer avec laquelle leur vie est liée, avec ses promesses et ses dangers. Ils ont connu ces nuits d’abondance où leurs paupières lourdes peuvent se reposer de contentement à la vue de leur pêche… Aussi, ces nuits décevantes aux filets vides, lourds de cette fatigue où ils sont confrontés au vide de leurs efforts. Il y a cette fraternité qui se solidarise pour le travail. Il y a toute cette histoire qui est la leur, faite de racines et d’appartenances. Autant de liens qui ne sont évoqués que pour identifier tout ce qui est ébranlé ou remis en question.
En plein cœur de leur travail, alors même qu’ils jettent leurs filets dans la mer ou qu’ils sont en train de réparer leurs filets, une Voix les rejoint… une Voix inattendue plus forte que le bruit des vagues, plus décisive que leurs projets, plus profonde que les rêves qu’ils portent… Cette Voix résonne, les surprend et les saisit.
« Venez à ma suite, et je vous ferai pêcheurs d’hommes ! ».
Pêcheurs de poissons, ils en ont l’expérience… C’est leur métier, la source de leur revenu… Ils le font déjà depuis longtemps sans doute. Si ce métier n’est pas le plus prestigieux, il permet quand même de vivre et subvenir aux besoins de leur famille. Toute leur vie est configurée et articulée autour de ce travail…
Mais pêcheurs d’hommes !!! Quelle démesure de l’Appel qui les place devant l’impossible. Que leur vie puise au fond de la mer ces poissons qui, en sortant de l’eau, meurent pour servir de nourriture, ça va… Mais qu’ils puissent être ces personnes à travers lesquelles d’autres feront l’expérience de sortir des eaux dans lesquelles elles sont prisonnières afin de leur donner de goûter à la vie et au bonheur… c’est une autre chose. Ça ne s’apprend pas cette mission-là !
Pour la préparation, on repassera… Pas de prérequis, pas de formation, pas de prédisposition explicite, pas de CV… Avaient-ils même entendus cette invitation à la conversion exprimée par Jean-Baptiste ? Rien n’en fait mention. L’Appel de Jésus surgit… ils ne sont pas dans le Temple, ils ne sont pas en prière, ils sont pris par leur travail dont l’horizon est la quête des poissons pour assurer leur survie, et l’interpellation surgit sans l’avoir vu venir…
Lorsque Jésus Lui-même a repris l’interpellation de Jean-Baptiste au bord de la mer, il ne semble pas s’être adressé à ces pêcheurs, déjà absorbés par leur travail. Lorsqu’Il les interpelle, Il n’a pas commencé par leur dire de se convertir… Ils n’étaient pas pharisiens, scribes ou docteurs de la Loi… Il prend l’initiative de les appeler sans Lui-même mettre des conditions à leur « embauche ». Il leur demande seulement de Le suivre.
Ce regard du Christ qui voit les disciples et les appelle est éloquent. Quel fut ce Regard de Jésus pour qu’ils choisissent de tout quitter pour Le suivre ?
Sans hésitation, sur le champ, sans mot, et tout entier engagés dans leur réponse, ils larguent les amarres… ils laissent leurs filets sur place, ils abandonnent leur barque et quittent leur père.
Quelle réponse audacieuse et entière que celle de ces disciples !
Alors que tout les dépasse dans ce que Jésus leur propose, ils choisissent de recueillir toute leur vie dans ce plongeon de la foi en Lui… Leur histoire prend déjà un nouveau sens, sans rien renier de ce passé qui est devenu le tremplin de cette rencontre qui bouleverse leur vie.
Repêcher l’humanité ! Mais, c’est déjà ce que Jésus est en train de faire avec ces disciples qu’Il appelle. Ils ne s’en rendent même pas compte, mais Jésus est en train de les faire sortir de l’eau dans laquelle leur vie était languissante, sans même qu’ils en soient conscients… Ils vivotaient, mais sans savoir qu’une vie autre était possible, qu’un bonheur plus grand les appelait et leur était donné, qu’ils feraient l’expérience de la Croix. Ils ne se doutaient pas que Dieu voulait passer par eux pour que d’autres soient sauvés. Jésus s’adresse à eux et les interpellent sans détour… Ils entendent une voix qui les engage pour les sortir du lieu où leur vie est enfermée, sans même le savoir, dans l’ignorance de leur identité profonde, de ce qu’ils sont vraiment, de ce qu’ils sont pour Jésus, et de ce qu’ils sont pour Dieu.
En faisant mémoire de notre propre histoire, n’est-il pas vrai qu’Il a su nous rejoindre et nous interpeller de manière imprévisible, au cœur de situations où nous étions nous-mêmes absorbés par nos manières de survivre, assoiffés d’une eau vive, au creux de notre recherche de sens, dans cette Galilée de nos vies ?
Plus loin que le ronflement de nos diplômes, plus loin que le silence de toutes nos ignorances, plus loin que la démonstration de nos compréhensions, plus loin que la peur de nos obscurités et de nos faiblesses… entendre sa Voix !
Dans la chaude mémoire de ces « eaux » dont Il nous a fait sortir, conscients de ces filets qui peuvent avoir encore une emprise sur nous, choisir de Lui dire notre « Oui » pour qu’à travers nous, Il puisse Lui-même nous faire entrer dans la joie de voir revivre celles et ceux vers qui Il nous envoie.
C’est Lui qui nous choisit pour devenir pêcheurs d’hommes, de femmes et d’enfants…
Libérer ce « OUI » et choisir simplement de Le suivre… maintenant.
L’abbé Paolo – maheux.paolo@gmail.com
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