No 156 – série 2025-2026
Évangile du dimanche 22 février 2026 – 1er Dimanche de Carême
Jésus jeûne quarante jours, puis est tenté (Mt 4, 1-11)
En ce temps-là,
Jésus fut conduit au désert par l’Esprit
pour être tenté par le diable.
Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits,
il eut faim.
Le tentateur s’approcha et lui dit :
« Si tu es Fils de Dieu,
ordonne que ces pierres deviennent des pains. »
Mais Jésus répondit :
« Il est écrit :
L’homme ne vit pas seulement de pain,
mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. »
Alors le diable l’emmène à la Ville sainte,
le place au sommet du Temple
et lui dit :
« Si tu es Fils de Dieu,
jette-toi en bas ;
car il est écrit :
Il donnera pour toi des ordres à ses anges,
et : Ils te porteront sur leurs mains,
de peur que ton pied ne heurte une pierre. »
Jésus lui déclara :
« Il est encore écrit :
Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. »
Le diable l’emmène encore sur une très haute montagne
et lui montre tous les royaumes du monde et leur gloire.
Il lui dit :
« Tout cela, je te le donnerai,
si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi. »
Alors, Jésus lui dit :
« Arrière, Satan !
car il est écrit :
C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras,
à lui seul tu rendras un culte. »
Alors le diable le quitte.
Et voici que des anges s’approchèrent,
et ils le servaient.
Texte d’Évangile tiré du Prions en Église. S’abonner au Prions.
Méditation – Cette faim où respire notre identité !
Jésus est conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le diable ! Comme jadis pour le peuple hébreu à sa sortie d’Égypte, comme pour chacun de nous, voilà Jésus qui assume notre vie, dans ce qu’elle a de plus difficile : au cœur des conditions désertiques où nous pouvons nous trouver, les difficultés questionnent notre identité.
Ce chemin que prend Jésus est une fidélité à l’Appel de l’Esprit, en cohérence avec son être profond. Il va délibérément vers le diable pour aller à la racine de ce qui nous fait mourir et de ce qui brise la communion au cœur de l’Humanité. Il choisit de descendre dans ce qui est à la source du mal qui afflige l’Humanité. La lucidité et la fidélité de l’Amour du Christ lui donneront d’entendre la parole mensongère exprimée par le mal, qui cherche à faire avorter cet Amour qui vient nous sauver.
En descendant dans cette expérience d’être Lui-même tenté, Jésus, par sa confiance en son Père et par son Amour pour nous, va à la rencontre du mal qui cherche à nous détruire et nous emprisonner. Il dévoile la stratégie du diable qui cherche à nous perdre en nous proposant des chemins d’auto-construction de nous-mêmes qui nous laissent le cœur vide.
Au terme de ces 40 jours de jeûne, le diable voudra faire dévier Jésus de son être profond et de sa Mission en jouant sur la carte de son identité. La matière première dont le diable se servira est la faim de Jésus, cette faim très concrète que 40 jours de jeûne ont creusé en Lui. C’est dans l’expérience du manque vécu par Jésus, et senti dans son corps, que le diable trouve le moment favorable d’intervenir pour proposer à Jésus les mêmes pièges que ceux qui enchaînent l’humanité. Le mal ne s’attaque pas à des détails… il s’attaque à notre identité… c’est là qu’il fait surgir le doute…
Dans un chuchotement séducteur, le diable viendra susurrer aux oreilles de Jésus : « Si tu es fils de Dieu… ». En laissant planer le doute, le diable demande à Jésus de lui donner la preuve qu’Il est le Fils de Dieu. Lors de la 3e tentation, il ne fera même pas mention de cette réalité de l’Être-Fils de Jésus, provoquant Jésus à en rendre compte. Le diable ne met pas en doute que Jésus est le Fils de Dieu : il ne le sait que trop… la preuve en est qu’il cherche précisément à le faire dévier de sa Mission en le soumettant à la tentation. Il veut entraîner Jésus à se défendre, à revendiquer son titre de Fils de Dieu, l’invitant à détourner l’agir de son être au profit de sa défense et de sa propre personne. Si Jésus choisissait d’appuyer l’affirmation de ce qu’Il est sur ses propres forces mises à son service, Il cesserait de se vivre tout entier dans la confiance en son Père et de se recevoir de Lui.
Dans la fragilité où nous place notre faim, qui pourtant peut-être expressive de la vérité de notre être et de la juste place où la Mission nous conduit, nous sommes tentés de percevoir les difficultés comme disqualifiant notre route ou notre identité. Et pour mieux faire planer le doute sur l’Amour inconditionnel de Dieu pour nous, le père du mensonge se sert du « mal subi » au cours de notre histoire et du « mal que nous avons commis » pour nourrir cette fausse croyance. Plus profondément, notre blessure fondamentale se cachera derrière la fausse croyance que notre vie n’en vaut pas la peine et que nous n’avons pas de valeur. Pour survivre et être reconnu par les autres, nous serons tentés par les mêmes chemins que le diable a proposés à Jésus à travers les 3 tentations dont nous fait part l’Évangile.
Ces faux chemins ont en commun d’être habités par l’inquiétude sur nous-mêmes et la perte du sens de notre vie. Comme nous le disait le pape François, ils sont comme des bulles de savon qui miroitent de couleurs, mais dont l’éclatement presqu’instantané, confirme leur vacuité.
« Ordonne que ces pierres deviennent des pains… ». La tentation de faire reposer notre identité sur l’avoir et la consommation.. Nous pouvons être possédé par ce que l’on possède. Certaines réalités nous mènent par le bout du nez. L’insatiabilité de notre société de consommation témoigne du vide de ce chemin qui engendre tant d’isolement, de conflits et de solitude. C’est par le jeûne des réalités qui ont de l’emprise sur nous, que nous deviendrons libres pour aimer.
« Jette-toi en bas ; car il est écrit : il donnera pour toi des ordres à ses anges, et ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre ». La tentation de tester l’Amour de Dieu. Au sommet du Temple, le diable invite Jésus à se jeter en bas, se servant même d’un texte de la Parole de Dieu pour mieux le tenter. Jésus refuse de « tester » l’Amour de son Père et d’exiger des preuves de son Amour. Il n’est pas venu pour séduire par des manifestations éblouissantes parce qu’Il se serait mis en situation dangereuse pour que son Père Le sauve. C’est aussi la tentation du merveilleux, de ce raccourci où, devant les difficultés de la vie, nous choisissons de nous déresponsabiliser en nous en remettant à Dieu sans nous-mêmes assumer la responsabilité de notre vie. Par la prière, nous entrerons dans cette intimité où nous sommes conduits à nous recevoir de Dieu, au cœur même du réel de nos vies.
« Tout cela, je te le donnerai, si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi. ». La tentation de confier notre vie à la gloire et au pouvoir. En montrant à Jésus tous les royaumes du monde et leur gloire, le diable lui promet de les Lui donner (ce n’est même pas lui qui les possède!!!) si Jésus se prosterne devant lui. Jésus lui répond en rappelant ce que la Parole exprime : à Dieu seul, tu rendras un culte. C’est la tentation d’une identité qui repose sur le pouvoir et le contrôle que nous exerçons sur les autres et où nous avons besoin d’être le centre du monde, comme un trou noir qui avale tout ce qui l’entoure. L’aumône permettra que nous ne restions pas prisonniers de notre esprit de possession.
« Alors, le diable le quitte. Et voici que des anges s’approchèrent, et ils le servaient. »
Le diable n’a pas réussi à détourner le cœur du Fils de son Père : enraciné en son Amour, Jésus se reçoit de Lui dans cette confiance ouverte et accueillante à son Amour.
L’avancée dans la Mission que le Christ nous confie, nous fait entrer dans le partage de cette faim qui l’habite. Elle est ce qui nous rend disponible à nous recevoir de Celui qui veut nous révéler le trésor de notre identité.
Déposons nos faims dans la sienne : c’est vers Pâques que ses pas nous conduisent !
L’abbé Paolo – maheux.paolo@gmail.com
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