No 149 – série 2025-2026

Évangile du dimanche 15 février 2026 – 6ème dimanche du Temps Ordinaire

« Il a été dit aux Anciens. Eh bien ! moi, je vous dis » (Mt 5, 17-37)

En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples :
    « Je vous le dis :
Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens,
vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux.
    Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens :
Tu ne commettras pas de meurtre,
et si quelqu’un commet un meurtre,
il devra passer en jugement.
    Eh bien ! moi, je vous dis :
Tout homme qui se met en colère contre son frère
devra passer en jugement.

    Vous avez appris qu’il a été dit :
Tu ne commettras pas d’adultère.
    Eh bien ! moi, je vous dis :
Tout homme qui regarde une femme avec convoitise
a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur.

    Vous avez encore appris qu’il a été dit aux anciens :
Tu ne manqueras pas à tes serments,
mais tu t’acquitteras de tes serments envers le Seigneur.

    Eh bien ! moi, je vous dis de ne pas jurer du tout.
    Que votre parole soit ‘oui’, si c’est ‘oui’,
‘non’, si c’est ‘non’.
Ce qui est en plus
vient du Mauvais. »

Texte d’Évangile tiré du Prions en Église. S’abonner au Prions.

Méditation – De la règle qui balise et juge… à l’amour qui sauve !

Jésus ne fait pas table rase du passé, ni de la Loi ou des Prophètes, ni de ce que notre propre vie a pu nous faire comprendre, au creux de notre recherche de sens. Il exprime cependant que ce précieux de la Loi a besoin d’un accomplissement. Nous serons toujours fragiles à nous en tenir aux balises que nous nous sommes fixés pour notre vie. Fruit d’un concentré de sagesse issue de la longue marche du Peuple d’Israël et de notre propre chemin de vie, elles sont comme les clôtures du jardin dont nous sommes les jardiniers. Ce qui doit être l’objet de notre attention, ce ne sont pas d’abord les clôtures, mais bien le jardin. Il est très facile de fixer notre attention sur la clôture, en voulant la déplacer avec plus de rigueur ou de laxisme, et nous perdons de vue que cette clôture existe en fonction du jardin. La Loi est aussi un peu comme le séparateur d’eau dans la fabrication du sirop d’érable : il permet que l’on ne gaspille pas nos énergies et notre vie en essayant de faire du sirop avec de l’eau non sucrée. Voler, tuer, ne pas respecter son voisin, mentir… pas moyen de faire du sirop avec ça ! Par ailleurs, il n’est pas question de mettre en conserve l’eau sucrée avant qu’elle ne soit passée par l’évaporateur qui conduira l’eau sucrée au sirop d’érable.

Même si la Loi peut être gardienne de la vie, la seule fidélité à celle-ci ne fait pas de nous des personnes qui aiment. Seul l’amour peut nous faire entrer dans le royaume des Cieux.

Un professeur de musique m’exprimait qu’il côtoyait 2 types d’étudiants dans ses cours. Certains étudiants étaient de grands techniciens : fidèles aux exercices, ils maîtrisaient les gammes et étaient des virtuoses de la technique. Cependant, leur musique était froide et mécanique, d’une grande rigueur dans l’exécution, mais sans âme. Il disait à ces élèves : « Je peux continuer de te donner des cours, mais le souffle n’y est pas. Tu peux continuer de me payer pour que je continue de t’enseigner, mais tu n’as pas l’âme d’un musicien ». D’autres élèves, par ailleurs, étaient très doués. Ils avaient le sens de la musique. À ceux-là, il devait cependant les encourager à pratiquer leurs gammes et à avoir plus de rigueur dans leurs pratiques. Il leur disait : « Tu as du talent, mais parce que tu ne pratiques pas tes gammes et les exercices à faire, tu vas manquer de vocabulaire pour dire ce qui t’habite ».

La Loi n’est pas là pour elle-même. Elle est au service de la vie et de l’amour. L’Amour du Christ pour nous prend chair à travers sa Parole qui fait éclater les frontières des règles de nos vies en nous interpellant à les rendre « servantes de l’amour » : c’est là l’accomplissement qu’Il réalise et rend possible pour nous en continuant de nous aimer, au-delà même de nos « enfer-mements » dans la Loi, soit en nous auto justifiant, soit en nous condamnant. Passer notre vie à soupeser la moralité de chaque geste n’aboutit qu’à la mort, car ce n’est pas la vie de l’autre qui est visée, mais notre propre rectitude.

En regard des tensions qui marquent nos relations, Jésus ira plus loin que l’interdit du meurtre en parlant de l’impasse de la colère, de l’insulte et de la malédiction. Nous le constatons nous-mêmes à travers la judiciarisation de nos rapports : nous ne sommes plus capables de nous entendre sans faire intervenir les avocats. Et, à quel prix !!! Va te réconcilier avec ton frère avant même de présenter ton offrande !

En regard de l’interdit de l’adultère, Jésus ira à la source du mal en démasquant la convoitise qui habite notre regard, qui fait de l’autre un objet et qui, se faisant, blesse et empêche toute relation. Face à cette convoitise, le Christ appelle une décision ferme en regard de manière de regarder (arrache ton œil) et en regard de la tentation de vouloir nous approprier l’autre (coupe ta main). La liberté d’un alcoolique face à la bouteille est plus grande avant la première gorgée qu’après. Nous vivons une contradiction profonde au sein de notre société : nous condamnons avec justesse et avec vigueur les abus sexuels et en même temps, nous assistons à une hyper sexualisation des jeunes et à la réduction du corps de l’autre à un objet de plaisir. Nous ressemblons à des pompiers qui, au lieu de distribuer des détecteurs de fumée, distribuent des allumettes et du combustible. Par ailleurs, comme Église, nous avons parfois démonisé la sexualité et en avons fait une question taboue, contribuant ainsi à la difficulté d’intégration de cette dimension vitale de notre vie.

En regard du serment, Jésus discerne qu’il est l’expression du doute que nous portons à l’égard de la parole de l’autre. Comment se fier à l’autre devant les mensonges, la fraude, les illusions du virtuel et la manipulation de la vérité ? Tant de blessures nous ont rendu méfiant et sur nos gardes ! Retrouver la rectitude de nos « oui » et de nos « non » rend possible la confiance.

Aucune Loi, si précieuse soit-elle, n’empêchera Jésus de nous aimer. Il vient nous conduire à la saveur de notre vie dans la rencontre de l’Aautre.

L’abbé Paolo – maheux.paolo@gmail.com



Événements en vedette



DROIT D’AUTEUR

La méditation peut être partagée à toutes et à tous, en tout ou en partie, mais le nom de l’auteur et l’indication du centre le Pèlerin avec l’adresse du site (www.lepelerin.org) doivent être inscrits, car les droits d’auteur demeurent. Merci de votre compréhension.