Le mot environnement n’apparaît pas dans les écrits de Simone Pacot en Évangélisation des profondeurs. Si vous le trouvez, dites-le-moi, je ne l’ai pas vu.

Mais je ne suis pas en train de dire pour autant que Simone Pacot ne parle pas d’environnement. Bien au contraire, ce thème apparaît dans plusieurs de ses écrits. C’est ce que nous allons explorer dans cet article, tout en étant bien conscient que nous effleurons à peine le sujet.

Je lisais dernièrement sur le panneau d’un centre de santé : ” Prendre soin de son environnement, c’est aussi prendre soin de soi “. Mais de quel environnement parle-t-on?

Pour le pape François, dans Laudato si’ 2015, l’environnement est considéré comme notre maison commune dont nous avons à prendre soin. C’est la terre fertile, composée de tout le Vivant qui l’habite, qu’il soit végétal, animal, humain ou divin. Elle est un don du Dieu, un fruit de sa création. Nous sommes en communion avec cette terre qui nous abrite, nous nourrit et dans laquelle nous retrouvons les ressources dont nous avons besoin pour vivre. Chacun, chacune, nous faisons partie intégrale de cet environnement; nous sommes environnement!

St-Paul (1 cor 6, 19-20). nous dit aussi que nous sommes le temple de Dieu et que l’Esprit-Saint habite en nous. Il fait référence à chacune et chacun d’entre nous. Ouvrir ce temple à l’Esprit et accueillir Sa présence dans notre cœur profond, au cœur de notre réalité humaine, est au centre de la démarche en évangélisation des profondeurs. C’est le premier pas d’ailleurs que nous sommes invités à faire en début de session.

Les cinq lois de vie

Simone Pacot identifie cinq lois de vie ou repères pour nous guider plus en profondeur à la rencontre de ce souffle de l’Esprit qui nous habite : choisir la Vie, accepter la condition humaine, devenir soi-même en Dieu et dans une juste relation à l’autre, rechercher l’unité en soi et entrer dans la fécondité.

Cette maison commune n’est-elle pas aussi « Temple de Dieu », une gigantesque terre qui englobe tous les temples que nous sommes, un lieu de l’omniprésence de Dieu au cœur de sa création et de toute la beauté qui s’en dégage. Nous sommes invités à en prendre soin. Pour ce faire, les lois de vies qui nous guident dans nos relations à nous-mêmes et avec les autres ne s’appliquent-elles pas aussi dans nos rapports avec la maison commune que nous appelons aussi terre ?

Mais en ouvrant cette terre à l’Esprit, je l’entends nous dire « Ayoye, tu me fais mal ! »
Ses blessures ne sont pas juste du passé mais ce que nous lui faisons vivre aujourd’hui. Que de fausses croyances et de fausses routes nous lui faisons subir.

Choisir la Vie

« J’ai mal » quand plutôt que d’accueillir et de nous émerveiller de ce don du créateur dans toute son originalité, sa biodiversité, sa beauté et le miracle de la reproduction de tout ce Vivant, nous voulons en prendre possession et en faire notre dû sans tenir compte de certaines règles de base de sa nature profonde.

Accepter sa condition humaine

« J’ai mal» dit la Terre quand nous croyons que ses ressources sont illimitées. La surconsommation et le gaspillage entrainent alors l’épuisement de ses ressources et la surproduction de déchets à ne plus savoir quoi en faire. Simon Paré-Poupart1, auteur du livre Ordures, journal d’un vidangeur, et témoin comme vidangeur de tout ce que le monde jette nous disait « si les bacs noirs étaient transparents, vous seriez surpris de voir tout ce qui se jette’’. Que restera-t-il pour les générations futures?

Trouver sa juste place

« J’ai mal » quand pour trouver notre juste place nous utilisons la force. De quel droit, cette juste place peut-elle s’imposer à l’autre? Au total 130 conflits armés ont été recensés partout dans le monde selon un reportage de Radio Canada du 5 janvier 2026. Une soixantaine sont majeurs. Ce sont des guerres de pouvoir pour une place au détriment de l’autre, dans une quête absolue de toute-puissance plutôt que d’ouverture au dialogue et au consensus.

Rechercher l’unité

« J’ai mal » car ne suis-je pas là pour l’humanité toute entière? Le manque d’harmonie entre les peuples, le déséquilibre entre les besoins pour vivre et l’épuisement des ressources, l’inégalité dans le partage des richesses nous heurtent au plus haut point. Yves Marie Abraham2, professeur au HEC, nous disait, lors d’une conférence dans le cadre de la semaine de la Parole, que les 22 personnes les plus riches au monde possèdent plus de richesses que 50 % de la population mondiale qui regroupe les plus pauvres.

La fécondité et le don

« J’ai mal » quand vous croyez que mes ressources sont illimitées ». Ce discours qu’on entend que le bonheur passe par la croissance économique, c’est un faux dieu. Yves Marie Abraham, dans la même conférence citée précédemment, nous en fait la démonstration. Cette année, au Québec, en avril, nous aurons utilisé déjà l’ensemble des richesses annuelles de la planète dont nous disposons pour notre coin de pays. Nous avons besoin de 3 à 4 planètes pour répondre à notre besoin de ressources. Invraisemblable! Pour lui, la fécondité passe par la décroissance. Quel paradoxe apparent! Une croissance axée sur le profit et la soif insatiable de consommer ne peut que nous conduire à un cul-de-sac.

« J’ai mal » aussi quand vous décidez de ne rien faire parce que ça ne donne rien ». C’est vrai que la situation est d’envergure, un vrai David contre Goliath! Nous avons toutes les raisons du monde de nous sentir bien impuissant. Mais n’y a-t-il pas une Parole qui dit: « Rien n’est impossible à Dieu ». (Luc 1,37)

Que faisons-nous de cette force de vie du Tout-puissant qui nous a créés? De cette promesse d’amour qu’il nous donne? Ne sommes-nous pas être porteurs à notre tour de cette force d’amour, plus grande que tout, prête à transporter des montagnes ?

Le petit pas priorisé par Simone Pacot prend tout son sens dans cette réalité. Se mettre à l’écoute, suivre notre intuition profonde et accepter d’être dérangés, une route à suivre.

Des prophètes contemporains

Nous ne sommes pas seuls, il existe des prophètes contemporains qui nous inspirent et nous instruisent. J’ose en nommer quelques-uns pour leur apport exceptionnel tel Hubert Reeves, militant écologiste engagé pour la préservation de l’environnement; David Suzuki qui vient d’avoir 90 ans et qui a passé toute sa vie à défendre le vivant, la nature et à imaginer un monde plus juste et durable pour les générations à venir; Simon Paré Poupart, de son œil de vidangeur qui dénonce la surconsommation et tout le gaspillage qui se retrouve dans nos poubelles; Yves Marie Abraham qui nous présente la décroissance comme piste de croissance.

La liste pourrait être beaucoup plus longue. Les militants sont de plus en plus nombreux. Nous en retrouvons plusieurs dans une multitude d’organismes qui œuvrent pour la qualité de notre environnement.

À nous de jouer

À notre tour, ne sommes-nous pas invités à devenir prophètes dans notre entourage, guidés par les lois de vie, un petit pas à la fois! En ouverture à l’Esprit, nous pouvons être confiant que chaque petit geste que nous posons a une portée. Nous unir à tout ce mouvement de prendre soin de notre maison commune n’est-ce pas une autre façon de faire église!

Luc Ferland, membre actif en évangélisation des profondeurs

1 Ordures! Journal d’un vidangeur, Simon Paré-Poupart, Lux Éditeurs, 2024, 140 pages
2 Pour une décroissance soutenable et solidaire » Yves Marie Abraham,
Professeur agrégé aux HEC Montréal,
https://ici.radiocanada.ca/ohdio/premiere/emissions/memefrequence/segments/rattrapage/494483/la-decroissance-avec-le-professeur-yves-marie-abraham

À propos d'Évangélisation des profondeurs

Évangélisation des profondeurs propose un chemin d’incarnation et de vie. À travers des sessions, des groupes de lecture et des temps de ressourcement, nous apprenons à ouvrir à l’Esprit Saint toute notre histoire, nos relations blessées et les événements de nos vies. Appuyés sur la Parole de Dieu et éclairés par les sciences humaines, nous découvrons qu’« quels que soient les événements, il y a une issue de vie possible ».

Cette démarche intègre toutes les dimensions de la personne – le corps, la psyché et le cœur profond – et s’enracine dans cinq repères de vie : choisir la Vie, accepter notre condition humaine, devenir nous-mêmes en Dieu, rechercher l’unité intérieure et entrer dans la fécondité du don.

Convaincus que Dieu initie tout mouvement vers la Vie, nous nous posons dans la liberté reçue du Père, nous accueillons la Vie que le Ressuscité veut faire surgir en nous, et nous ouvrons notre être tout entier au souffle créateur de l’Esprit Saint, lui qui fait toutes choses nouvelles.

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