No 35 – série 2026-2027
Évangile du dimanche 11 octobre 2026 – 28ème dimanche du Temps Ordinaire
« Tous ceux que vous trouverez, invitez-les à la noce » (Mt 22, 1-14)
En ce temps-là,
Jésus se mit de nouveau à parler
aux grands prêtres et aux pharisiens,
et il leur dit en paraboles :
« Le royaume des Cieux est comparable
à un roi qui célébra les noces de son fils.
Il envoya ses serviteurs appeler à la noce les invités,
mais ceux-ci ne voulaient pas venir.
Il envoya encore d’autres serviteurs dire aux invités :
‘Voilà : j’ai préparé mon banquet,
mes bœufs et mes bêtes grasses sont égorgés ;
tout est prêt : venez à la noce.’
Mais ils n’en tinrent aucun compte et s’en allèrent,
l’un à son champ, l’autre à son commerce ;
les autres empoignèrent les serviteurs,
les maltraitèrent et les tuèrent.
Le roi se mit en colère,
il envoya ses troupes,
fit périr les meurtriers
et incendia leur ville.
Alors il dit à ses serviteurs :
‘Le repas de noce est prêt,
mais les invités n’en étaient pas dignes.
Allez donc aux croisées des chemins :
tous ceux que vous trouverez,
invitez-les à la noce.’
Les serviteurs allèrent sur les chemins,
rassemblèrent tous ceux qu’ils trouvèrent,
les mauvais comme les bons,
et la salle de noce fut remplie de convives.
Le roi entra pour examiner les convives,
et là il vit un homme qui ne portait pas le vêtement de noce.
Il lui dit :
‘Mon ami, comment es-tu entré ici,
sans avoir le vêtement de noce ?’
L’autre garda le silence.
Alors le roi dit aux serviteurs :
‘Jetez-le, pieds et poings liés,
dans les ténèbres du dehors ;
là, il y aura des pleurs et des grincements de dents.’
Car beaucoup sont appelés,
mais peu sont élus. »
Méditation – Se laisser revêtir par le Christ !
Au cœur de cet Évangile où Jésus nous révèle le désir de Dieu de célébrer des noces, partout l’épouse est présente mais sans vraiment que l’on sache de qui il s’agit. Cette épouse est l’Humanité choisie et appelée à entrer dans cette Alliance où Dieu, à travers son Fils, se présente comme l’époux qui nous attend. Nous sommes les invités et cette alliance ne peut s’accomplir qu’à travers notre « oui » à son Appel.
Ainsi, Dieu nous envoie un faire-part… une invitation toute spéciale : entrer dans la joie de ces noces entre son Fils et nous. Nombreuses furent les invitations qu’Il nous a adressées : la Parole de Dieu en témoigne. Dans notre propre vie, si parfois nous avons fait l’expérience de la blessure, il est aussi vrai que des amitiés, des amours, des œuvres d’artistes, des livres, des rencontres parfois inattendues, la nature, et même un simple sourire d’enfant nous ont fait signe. Ils ont eu le pouvoir, en nous dégageant de ce qui nous possède et mobilise nos énergies, de nous faire goûter à ce qui ne peut mourir, à ce qui nous a délivré de nous-mêmes et de la gravitation dont nous sommes souvent prisonniers à travers le travail, l’argent ou tant d’autres réalités dont nous devenons, sans trop nous en rendre compte, plus ou moins esclave. Dans la respiration de l’accueil et de l’offrande, nous avons fait l’expérience de la rencontre où prend vie la communion, conduisant ainsi chaque personne là où elle ne pourrait jamais aller d’elle-même.
Comme ces parents qui, saisis par le regard de leur enfant, ne se voient plus, tout en devenant, à leur insu, incandescents de leur « être-père » et de leur « être-mère » qui s’éveille en eux.
L’horizon de ces rencontres étoilées respire ce Souffle qui continue de nous chercher et dont le secret prend chair à travers le Christ qui épouse notre Humanité, jusqu’à être à la merci de notre réponse, en allant jusqu’à mourir par amour pour nous.
L’enjeu ne se situe pas dans le fait de recevoir ou non un faire-part. Tous le reçoivent… et parfois par des chemins qui, sans être religieux, donnent accès à notre cœur. La réponse demeure suspendue à nos lèvres. Seule notre liberté peut la donner, dans la conscience de la Gratuité de cet Amour qui nous invite.
La relecture de l’Histoire de l’Humanité et de notre propre histoire nous révèle que nous pouvons être prisonnier des ténèbres du dehors parce que nous ignorons l’espace de notre intériorité. Absorbés par ce qui gruge notre vie, ou satisfaits des balises qui transforment notre vie en enclos, nous devenons indifférents, impassibles à ce qui pourrait nous transformer.
Jamais pourtant Dieu ne se lasse de continuer de nous interpeller à cette Alliance qu’Il veut vivre avec nous.
Dans ce verset où « le roi fait périr les meurtriers et incendié la ville », il est probable que Mathieu prête à Dieu ce qui arriva à la ville de Jérusalem, lorsqu’elle fut détruite par les romains en 70. Il perçoit ce qui est arrivé à la ville comme une conséquence du refus de répondre à l’invitation faite par la prédication évangélique.
Et le repas ne peut attendre… tout est prêt. Le roi demande donc à ses serviteurs d’aller aux croisées de chemin pour inviter tous ceux qu’ils y trouveront, les mauvais comme les bons. Cette consigne met en lumière la réalité de l’invitation comme s’adressant à tous. Ceux qui ne s’en montrent pas dignes ne le sont pas à cause de critères moraux, mais parce qu’ils refusent l’invitation qui leur est faite. Et cette invitation, portée jusqu’aux croisées de chemin, rejoint ainsi toutes les périphéries existentielles : les assoiffés de relations signifiantes tout comme les « déboussolés » qui cherchent un sens à leur vie.
Dans la démesure de son Amour, le roi désire remplir la salle de noces… Aussi, Il envoie cette invitation à chacune et chacun de nous, sans faire le tri des personnes en regard de leurs péchés ou de leur vertu. Le seul critère qui rend « indignes » les invités est celui de ne pas tenir compte de l’invitation : préférant aller au champ, esclaves du travail ou possédés par la recherche de notre intérêt propre à travers tant de commerces. Les serviteurs portant le faire-part font ainsi l’expérience de n’être point accueillis : l’invitation reste lettre morte… on les maltraite et ils sont simplement mis à mort.
Pourtant, le roi ne se laisse pas arrêter… ils envoient d’autres serviteurs en leur demandant de rassembler tous ceux qu’ils peuvent trouver. Et nous faisons partie de ceux et celles que Dieu trouve et rejoint à travers cette Parole qui résonne à nos oreilles.
Le roi fait honneur aux invités en allant à la rencontre de chacun. Il voit un homme qui ne portait pas le vêtement de noces. Ce vêtement, le kittel, est une tunique traditionnelle en lin ou en coton blanc, portée lors des grands événements cérémoniels ou religieux[1]. Il est porté par-dessus les vêtements habituels souvent très humbles, et est remis par l’hôte à chaque invité comme cadeau lorsqu’il arrive pour les noces. Les invités sont ainsi revêtus de ce vêtement de fête par celui qui les invite.
Celui qui ne porte pas le vêtement de noces est donc une personne qui a refusé le don gratuit de celui qui l’invite. Ainsi, il s’est exclu lui-même de la grâce offerte, et ne peut en être vivifié. Ce don gratuit est aussi celui de la Miséricorde.
Nous sommes donc invités à nous vivre dans la conscience de ce qui nous est donné, de cet Amour de Dieu qui se fait Miséricorde et nous revêt de beauté, au-delà même de nos vêtements d’apparat ou de nos vêtements en lambeaux.
La fête de l’Action de grâces est une invitation à entrer dans la reconnaissance du vêtement dont Dieu nous revêt, Lui qui nous invite aux noces du Fils qui choisit cette Humanité et notre vie comme épouse. Cette fête nous invite à reconnaître cet Amour de Dieu qui prend chair aussi à travers les fruits de la terre, la création et les fruits de nos mains. Le faire-part que nous recevons est une invitation à nous laisser toucher par les dons qui nous sont faits et encore davantage par le Don qu’est Dieu qui vient à notre rencontre pour nous sauver.
L’Action de grâces nous fait entrer dans la contemplation du Don de Dieu au cœur de notre vie et de notre histoire : alors, comme les parents qui se perdent de vue dans l’émerveillement où les plonge leur enfant, nous « décollons » de nous-mêmes en nous laissant saisir par l’Amour de Dieu qui ne cesse de s’offrir à nous pour nous sauver.
L’électricité ne manque pas dans les prises de courant : cependant, ce qui n’est pas connecté ne peut fonctionner… Il s’agit de se connecter sur ce qui est donné inlassablement pour que l’action de grâces surgisse des profondeurs de notre être dans la découverte du vêtement de noces dont Il nous revêt !
L’abbé Paolo – maheux.paolo@gmail.com
[1] Recherche avec l’IA sur le kittel
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