No 135 – série 2025-2026

Évangile du dimanche 1 février 2026 – 4ème dimanche du Temps Ordinaire

« Heureux les pauvres de cœur » (Mt 5, 1-12a)

    En ce temps-là,
    voyant les foules,
Jésus gravit la montagne.
Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui.
    Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait.
Il disait :
    « Heureux les pauvres de cœur,
car le royaume des Cieux est à eux.
    Heureux ceux qui pleurent,
car ils seront consolés.
    Heureux les doux,
car ils recevront la terre en héritage.
    Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice,
car ils seront rassasiés.
    Heureux les miséricordieux,
car ils obtiendront miséricorde.
    Heureux les cœurs purs,
car ils verront Dieu.
    Heureux les artisans de paix,
car ils seront appelés fils de Dieu.
    Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice,
car le royaume des Cieux est à eux.
    Heureux êtes-vous si l’on vous insulte,
si l’on vous persécute
et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous,
à cause de moi.
    Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse,
car votre récompense est grande dans les cieux ! »

Texte d’Évangile tiré du Prions en Église. S’abonner au Prions.

Méditation – Instruments à vent du Souffle qui nous sauve !

Notre regard perçoit bien ce qui menace notre monde. Nous sommes témoins de la mondialisation de l’indifférence. Nous voyons des tensions s’exacerber dans une polarisation de plus en plus grande des manières de voir, rendant encore plus fragiles les possibilités de dialogue. La logique du plus fort prévaut sur la recherche du bien commun, le mensonge au service de l’intérêt personnel, l’exploitation éhontée des ressources naturelles, la fracture croissante entre les riches et les pauvres, le masculinisme et les féminicides, la montée de l’anxiété, l’isolement et l’effritement des liens les plus vitaux… Le rejet de l’étranger…

Nous choisissons les mots pour camoufler le réel… il ne s’agit pas de mort provoquée, mais d’aide à mourir… il ne s’agit pas d’avortement mais de droit à disposer de son corps… il ne s’agit pas d’abus sexuels, c’est l’autre qui nous a attirés… il ne s’agit pas de génocides et d’attaques délibérées sur des innocents, mais de droits à des territoires, à des ressources, dans un esprit de possession où il n’y a plus aucun respect. Il ne s’agit pas de meurtres mais de légitime défense en face d’immigrants que l’on veut expulser. On bombarde des hôpitaux, des écoles, des garderies, des infrastructures énergétiques. Les grandes puissances en présence convoitent et détruisent, attaquent et se servent de leur pouvoir pour étouffer la vie, pour éliminer l’autre, dans un vampirisme qui ne craint pas même de verser le sang innocent et de tuer. On cherche à corrompre les institutions économiques, juridiques et législatives pour pouvoir mieux dominer et exploiter à son propre profit, on manipule les médias et contrôle l’information afin de diffuser des faussetés et de camoufler les actes répréhensibles. Les instances internationales sont menottées par les intérêts de chacun et la mainmise des grandes puissances. On dilue le présentiel pour se réfugier dans le virtuel… Des robots conversationnels sont désormais les confidents des personnes en détresse. Dans cette solitude où l’ouverture n’est pas possible, il reste l’animal de compagnie qui demeure sensible à son maître. Un monde à nous glacer le sang ! Tant de personnes sur cette croix où le Christ souffre !

Et Jésus de monter sur la montagne, comme Moïse lorsqu’il reçut les tables de la Loi… Il nous invite à épouser son Regard… à prendre distance… à entrer dans ce que voit ses yeux, ne se laissant point dérober le profond par les ténèbres du mal qui nous rendent aveugles au bien. L’Esprit ne déserte jamais notre vie, notre histoire et notre monde. Son Regard discerne cette marche du Royaume à travers le visage de ces gens simples qu’Il contemple.

Jésus nous dévoile le chemin du Royaume, non pas comme ce qui serait étranger à nos pas, mais comme ce qui se tisse au secret de notre quotidien. Notre déroute devant la logique de ce monde et l’inusité du Mystère à l’œuvre en nous ont besoin de cette Parole que nous ne saurions jamais prononcer nous-mêmes. L’Amour qu’Il a pour nous sait déceler ce qui est en connivence avec le Royaume, même dans l’apparente inefficacité qui nous enveloppe d’effacement et de fatigues.

Ils sont en marche[1], celles et ceux qui pleurent… La vie les touche… Ils ont apprivoisé leurs propres larmes, refusant de les nier ou de s’y noyer. Leur souffrance a éveillé en eux la source qui cherche à vivre et espère la vie pour les autres… ils y ont découvert le battement de leur cœur[2]. Vulnérables, leurs larmes ont lavé leurs yeux… Ils voient mieux la souffrance des autres… La boue posée sur leurs yeux les soigne de l’aveuglement de l’indifférence.

Ils sont en marche les doux, celles et ceux qui refusent d’être cassants, et inventent ce qui permet le dialogue au cœur des situations propices à l’enfermement et au durcissement. Ceux et celles qui accueillent la vie comme on accueille la terre, avec ses roches, sa lenteur, sa croissance secrète même dans la nuit. Ils refusent cette violence qui exploite, détruit et épuise… Ils sont sensibles à ce qui suscite la désertification de la vie, ce qui nous épuise à travers un monde axé sur la compétition, la performance, et le profit. Cette terre dont la beauté habite la fragilité. Patience et douceur de ces mains qui défrichent la terre, labourent, sèment et éveillent la terre à sa fécondité.

Ils sont en marche celles et ceux qui sont épris de justice. Convaincus du sacré de la vie, une faim et une soif les tenaillent… Ils désirent que toute personne soit respectée. Ils refusent ce qui nourrit les écarts de richesses, ce qui fracture au lien d’unir, ce qui creuse les fossés au lieu de solidariser. Ils se retroussent les manches pour construire un monde plus juste. Ils voient les stratégies où se cachent l’appât du gain et la recherche de l’intérêt personnel. Ils se lèvent devant ce qui écrase et opprime.

Ils sont en marche celles et ceux qui sont miséricordieux. Ils savent que le jugement et la condamnation ne font qu’ajouter à la blessure et à l’hémorragie… Ils devinent qu’un enfant blessé est souvent caché derrière la personne qui fait le mal… Ils le savent parce que la miséricorde est venue à leur secours.

Ils sont en marche les cœurs purs, celles et ceux dont le regard n’est pas prisonnier du miroir: ni dans la coquetterie spirituelle où ils se contemplent dans leur vertu, ni dans l’enfermement où ils se condamnent pour leurs péchés. Ils sont en marche celles et ceux qui laissent le Regard de Dieu éclairer ce qu’ils sont, acceptant et accueillant cette Lumière qui se pose sur eux jusqu’à s’en émerveiller. Dans cette ouverture au Regard de Dieu, la Lumière d’un Soleil trouve son chemin pour révéler et pacifier, éclairer et sauver. Libérés du monologue avec eux-mêmes, ils s’ouvrent au Regard de Dieu sur eux et sur les autres. Ils voient Dieu.

Ils sont en marche les artisans de paix, celles et ceux qui savent édifier des ponts là où d’autres fabriquent des bombes. Ils souffrent de ce qui est déchiré… Au cœur même des situations conflictuelles, sur le métier de la patience et de la persévérance, ils voient le précieux de chaque fil pour tisser cette communion où nous nous découvrons frères et sœurs, fils et filles bien-aimés du Père.

Ils sont en marche… La persécution en témoigne… Ils ne laissent pas ce monde à sa logique, à ses mensonges, au temple de la consommation, de la distraction et de l’égoïsme… Ils interpellent et questionnent ce monde… Leur simple présence dérange… Ils refusent d’être simplement les thermomètres de ce monde… Ils en sont les humbles thermostats… Leur vie, même dans la persécution et la mort, continuent de nous montrer le chemin du Royaume.

Et nous avons besoin que le Christ nous redise encore…

« Heureux les pauvres de cœur, car le Royaume des cieux est à eux ! »

Marchant à sa suite, même là où les chemins semblent sans issue, nous avançons… Sans en posséder le secret, nous pouvons sentir que nous marchons dans les traces de Celui qui nous précède et nous sauve. Sa Parole Le dévoile à nos côtés… c’est là notre bonheur !

Les arbres ne parlent pas… ils n’ont pas de voix. Le murmure qui surgit de la forêt tient au vent qui la traverse et qu’elle ne peut posséder… Nous sommes les instruments à vent du Souffle qui nous sauve ! Les béatitudes en sont la musique.

L’abbé Paolo – maheux.paolo@gmail.com


[1] Chouraqui traduira “Heureux” par “En marche”. La Bible traduite et commentée par André Chouraqui, Matyah, Éditions Jean-Claude Lattès, 1992, p. 93.

[2] “Avant d’avoir souffert, je m’égarais”, Psaume 118, 67



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