No 125 – série 2025-2026
Évangile du jeudi 22 janvier 2026 – 2e semaine du temps ordinaire
« Les esprits impurs criaient : “Toi, tu es le Fils de Dieu !” Mais il leur défendait vivement de le faire connaître » (Mc 3, 7-12)
En ce temps-là, Jésus se retira avec ses disciples près de la mer, et une grande multitude de gens, venus de la Galilée, le suivirent. De Judée, de Jérusalem, d’Idumée, de Transjordanie, et de la région de Tyr et de Sidon vinrent aussi à lui une multitude de gens qui avaient entendu parler de ce qu’il faisait.
Il dit à ses disciples de tenir une barque à sa disposition pour que la foule ne l’écrase pas. Car il avait fait beaucoup de guérisons, si bien que tous ceux qui souffraient de quelque mal se précipitaient sur lui pour le toucher. Et lorsque les esprits impurs le voyaient, ils se jetaient à ses pieds et criaient : « Toi, tu es le Fils de Dieu ! » Mais il leur défendait vivement de le faire connaître.
Texte d’Évangile tiré du Prions en Église. S’abonner au Prions.
Méditation – La force de son amour, le poids de sa croix
Une multitude de gens qui vient à lui, ceux et celles qui souffraient se précipitaient vers lui, la foule put l’écraser si ce n’était de la barque qui le tenait à l’écart. Devant cette déferlante d’espérance, nul doute que la Parole de ce matin m’enseigne l’humilité de Dieu. Devant les lépreux, les possédés, les malades, les impies, Dieu seul, est assez humble pour aimer, tous, jusqu’au dernier. D’ailleurs, personne ne peut aimer sans être en état de dépendance, aimer c’est se livrer sans réserve, sans se défendre, sans ériger de protection. C’est vivre en confiance, à la merci en quelque sorte du bon et du mauvais vouloir de notre entourage. Dans sa transparence, l’amour porte à la lumière et révèle, sa translucidité perçoit la bonté cachée en l’autre avec assurance désarmante. Ce n’est qu’en pleine vulnérabilité que nous aimons vraiment, au risque d’être abusé ou trahi par l’autre. Au risque d’être lacéré avec le pouvoir que nous laissons à l’autre. En cette semaine pour l’unité des chrétiens, la foule de la Parole me rappelle l’interdépendance, ce lien unique et amoureux unissant notre fond commun d’humanité. Le lépreux comme le pharisien. Nous sommes pleinement acceptés, aussi non méritants que nous pouvons l’être, nous sommes tous embrassés, enfants ingrats, turbulents et souvent indignes de la grandeur dont Dieu nous enveloppe. J’en étais à ces réflexions quand ma voisine vint se dresser devant moi, fixant sa montre, fixant mon cou arborant ma croix.
« T’as vu, 8h du matin, un dimanche! Nous sommes ici toutes les deux et on s’entraîne ». Je balaie du regard la salle de musculation désertée, nous sommes à peine quatre femmes à suer, lever des poids trop lourds, exécuter des mouvements essoufflants. Je souris, j’aimerais lui répondre que j’aime lever des poids pour mieux soutenir la Croix, cet Amour planté en moi, dans sa Vie vivante et celles des autres. Comme Simone de Cyrène, prise par le bras, invitée à traîner Sa croix, je participe aujourd’hui à la résurrection avec mes os déjà trop vieux. Ils tiendront le coup grâce à la joie l’Esprit qui nous soulève, moi et mes poids, grâce à son élan qui nous entraîne, mon cœur et moi. J’aime tellement prier en mouvement, au creux de l’effort, c’est vivifiant.
Ma voisine s’impatiente devant mon silence et mon sourire qui manque d’égo et de virilité partagée. Elle reprend : « Nous autres au moins, nous ne sommes pas à la messe! Étonnée je la contemple, sa fierté éclatante, ses poings sur ses hanches, l’air convaincu. Il fut un temps où les foules accouraient vers le Christ, où tous les horizons convergeaient vers le Christ, s’unifiaient par sa guérison. Aujourd’hui, ici, les églises se vident et l’eucharistie, comme on vient de me le rappeler, est une perte de temps. Vraiment l’Amour est trop beau pour avoir été inventé par nous, trop sublime même pour être compris par nous. Notre histoire et richesse intérieure, l’intimité de sa splendeur étoilée nous provient d’un enfant impuissant dans une mangeoire qui, depuis des millénaires quête notre amour au creux de notre fragilité : « J’ai tendu les mains chaque jour vers un peuple rebelle (Is 65.2) ». Cet enfant-Dieu n’acceptera jamais que la personne aimée puisse être moins digne que lui quand bien même elle le ridiculiserait. Alors mon Dieu persiste à nous laver les pieds, les embrasser. Voilà sa puissance, rien ne vaincra la force de son amour, le poids de son espérance. Aujourd’hui, il se cache même dans une hostie pour être consommé et nous rendre vivant envers et contre tout.
J’avais tant le goût de lui raconter cette histoire, de lui témoigner l’espérance folle de ces foules qui accouraient vers l’Amour incarné qui guérit, libère et rend toute dignité. Je ne crois pas que ma voisine de gym m’aurait traité avec mépris car elle aurait sans doute accordé peu d’importance à ma croyance. J’aurais sans doute eu droit à un triste sourire, empreint peut-être de pitié devant ma faiblesse. Je repris mes poids et mon sourire pour lui rappeler qu’il n’était pas trop tard pour aller vers Lui, la messe est à 11h aujourd’hui.
Barbara Martel – bmartel@lepelerin.org
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