No 32 – série 2026-2027
Évangile du jeudi 8 octobre 2026 – 27ème Semaine du Temps Ordinaire
« Demandez, on vous donnera » (Lc 11, 5-13)
En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples :
« Imaginez que l’un de vous ait un ami
et aille le trouver au milieu de la nuit pour lui demander :
“Mon ami, prête-moi trois pains,
car un de mes amis est arrivé de voyage chez moi,
et je n’ai rien à lui offrir.”
Et si, de l’intérieur, l’autre lui répond :
“Ne viens pas m’importuner !
La porte est déjà fermée ;
mes enfants et moi, nous sommes couchés.
Je ne puis pas me lever pour te donner quelque chose.”
Eh bien ! je vous le dis :
même s’il ne se lève pas pour donner par amitié,
il se lèvera à cause du sans-gêne de cet ami,
et il lui donnera tout ce qu’il lui faut.
Moi, je vous dis :
Demandez, on vous donnera ;
cherchez, vous trouverez ;
frappez, on vous ouvrira.
En effet, quiconque demande reçoit ;
qui cherche trouve ;
à qui frappe, on ouvrira.
Quel père parmi vous, quand son fils lui demande un poisson,
lui donnera un serpent au lieu du poisson ?
ou lui donnera un scorpion
quand il demande un œuf ?
Si donc vous, qui êtes mauvais,
vous savez donner de bonnes choses à vos enfants,
combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint
à ceux qui le lui demandent ! »
Méditation – Combien plus le Père…
Dans le chapitre qui précède, Jésus rencontre un « docteur de la Loi » qui lui demande ce qu’il faut faire pour avoir « la vie éternelle » (Lc 10,25). À ce savant, Jésus répond par la parabole du bon samaritain : parabole qui invite à se tenir prêts à l’imprévisible d’un Dieu qui envoie un prochain inattendu. En pansant les blessures de cet homme blessé sur la route, n’est-ce pas quelque chose de Dieu qui s’accueille sans le savoir ?
Dans la parabole de ce jour, Jésus prend l’exemple d’un homme qui accueille un ami alors qu’il est lui-même sans ressource. Comment accueillir un ami qui arrive « au milieu de la nuit », c’est-à-dire quand on n’a rien à donner ? Dans cette « nuit », l’homme éprouve son manque… Comment demeurer dans la relation alors que nous nous heurtons à notre vide ? Malade sur un lit d’hôpital ou perdu dans les soucis avec nos enfants, combien de fois ne sommes-nous pas déchirés par une détresse ? Comment recevoir la vie quand on ne sait rien… quand on ne peut rien… « Je n’ai rien à lui offrir » dit l’ami de la parabole.
Pourtant, cet homme, pris à l’improviste, ne sombre pas dans l’angoisse. Il ne se culpabilise pas. Il ne remet pas en question son amitié, il ne choisit pas de se sortir d’affaire en éludant le besoin de son ami. Pourquoi ? Cet homme se souvient qu’il a lui-même un ami qui lui répondra même si « la porte est déjà fermée ». Ainsi, son manque ne s’étiole pas dans la solitude. Cet homme, surpris en pleine nuit, adresse son manque à cet ami qui saura ouvrir sa porte pour que le manque devienne relation.…
Et nous ? Considérons-nous le Père comme un ami auquel s’adresser ? Attendons-nous les « trois pains » de l’Esprit de cet ami ? Cette parabole raconte l’histoire de trois hommes : un ami voyageur qui vient à l’improviste, un ami endormi capable de secourir et l’ami surpris et démuni qui exprime son manque : « “Mon ami, prête-moi trois pains, car un de mes amis est arrivé de voyage chez moi, et je n’ai rien à lui offrir.” »
Ce récit d’hospitalité fait penser à l’accueil qu’Abraham réserva aux trois hommes venus le visiter : « Abraham se hâta d’aller trouver Sara dans sa tente, et il dit : ‘’Prends vite trois grandes mesures de fleur de farine, pétris la pâte et fais des galettes.’’ » (Gn, 18,6). Dieu surgit avec un visage inconnu et se présente sans invitation.
La dureté de notre monde n’est pas mise en avant par Jésus pour dévaloriser notre pauvre don humain. Bien au contraire ! Malgré ce qui est « mauvais », Jésus sait voir une capacité à donner : les pères terrestres prodiguent de « bonnes choses » à leurs enfants. Cette capacité d’être bon sert à souligner l’abondance du Père qui donne l’Esprit Saint. C’est un argument a fortiori : la « petite bonté » humaine met en évidence, à plus forte raison, le Père qui seul est bon (Mt 19,17).
L’écrivain de la Russie Soviétique, Vassili Grossmann, dans Vie et Destin, met en scène Ikonnikov, un vieux soviétique qui médite, dans un camp de concentration, sur la bienveillance : « C’est la bonté d’une vieille, qui, sur le bord de la route, donne un morceau de pain à un bagnard qui passe, c’est la bonté d’un soldat qui tend sa gourde à un ennemi blessé, la bonté de la jeunesse qui a pitié de la vieillesse, la bonté d’un paysan qui cache dans sa grange un vieillard juif. (…) Cette bonté privée d’un individu à l’égard d’un autre individu est une bonté sans témoins, une petite bonté sans idéologie. On pourrait la qualifier de bonté sans pensée. Mais, si nous y réfléchissons, nous voyons que cette bonté privée, occasionnelle, sans idéologie, est éternelle. Elle s’étend sur tout ce qui vit, même sur la souris, même sur la branche cassée que le passant, s’arrêtant un instant, remet dans une bonne position pour qu’elle puisse cicatriser et revivre. »[i]
Cet écrivain athée aborde « la petite bonté » des hommes avec une profondeur mystique : « J’ai trempé ma foi dans l’enfer. Ma foi est sortie du feu des fours crématoires, elle a franchi le béton des chambres à gaz. J’ai vu que ce n’était pas l’homme qui était impuissant dans sa lutte contre le mal, j’ai vu que c’était le mal qui était impuissant dans sa lutte contre l’homme. Le secret de l’immortalité de la bonté est dans son impuissance. Elle est invincible. Plus elle est insensée, plus elle est absurde et impuissante et plus elle est grande. Le mal ne peut rien contre elle ! L’amour aveugle et muet est le sens de l’homme. L’histoire des hommes n’est pas le combat du bien cherchant à vaincre le mal. L’histoire de l’homme c’est le combat du mal cherchant à écraser la minuscule graine d’humanité. Mais si maintenant l’humain n’a pas été tué en l’homme, alors jamais le mal ne vaincra. »[ii]
Vincent REIFFSTECK – vincent.reiffsteck@wanadoo.fr
[i] Vassili Grossman (1905-1964), Vie et Destin, (roman achevé en 1962), L’âge d’homme, 1980 (réédition LGF, 2015, p.541 et suivantes).
[ii] Idem.
Intentions de prière récentes
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