No 31 – série 2026-2027

Évangile du mercredi 7 octobre 2026 – 27ème Semaine du Temps Ordinaire

« Seigneur, apprends-nous à prier » (Lc 11, 1-4)

    Il arriva que Jésus, en un certain lieu, était en prière.
Quand il eut terminé,
un de ses disciples lui demanda :
« Seigneur, apprends-nous à prier,
comme Jean le Baptiste, lui aussi, l’a appris à ses disciples. »
    Il leur répondit :
« Quand vous priez, dites :
“Père,
que ton nom soit sanctifié,
que ton règne vienne.
    Donne-nous le pain
dont nous avons besoin pour chaque jour
    Pardonne-nous nos péchés,
car nous-mêmes, nous pardonnons aussi
à tous ceux qui ont des torts envers nous.
Et ne nous laisse pas entrer en tentation.” »

Méditation – Un certain lieu

En 2015, j’ai marché avec d’autres pèlerines sur les routes des régions du Québec et de l’Ontario. De village en village, un geste inattendu s’est répété : des gens de la place nous arrêtaient, nous, étrangères éphémères, pour nous confier leurs proches. Des inconnus nous remettaient ceux qu’ils aimaient. Rapidement, craignant que notre mémoire ne fasse défaut, nous avons consigné les intentions dans un calepin tout en marchant. Les églises, sur notre route étaient toutes verrouillées, parfois abandonnées. Alors nous faisions halte devant les croix de chemin, plantées au détour des rangs, devant un cimetière ou une vierge enfermée dans une grotte de papier, parfois même devant la majesté d’un arbre ou d’une fleur et nous priions là, en un certain lieu, déserté ou imprévu. Prier pour Jacques, ce fils qui s’était enlevé la vie. Prier pour Johanne, atteinte d’un cancer du sein. Prier pour Daniel et Annie, qui avaient sombré tantôt dans la délinquance, tantôt dans l’addiction. Prier, et sentir le calepin s’alourdir d’un poids qui n’était plus celui du papier.

Luc ne donne pas davantage d’adresse : « Il arriva que Jésus, en un certain lieu, était en prière » (Lc 11, 1). Un lieu sans clocher, sans serrure, sans horaire affiché à la porte. C’est en le regardant prier qu’un disciple ose la demande : « Seigneur, apprends-nous à prier. » Jésus ne livre ni méthode ni technique. Il dépose sur nos lèvres un seul mot pour commencer : « Abba », papa. Pas encore de possessif, pas de titre, juste un mot familier, si simple, peut-être le premier que balbutie l’enfant avant même de savoir faire des phrases. La prière ne s’apprend-elle pas comme la langue maternelle, en écoutant parler ceux qui nous aiment, jusqu’à ce que leurs mots deviennent les nôtres ?

Mais sur ces routes de 2015, qui apprenait à prier à qui ? Était-ce nous, les pèlerines, qui portions la prière, ou ces femmes et ces hommes qui nous arrêtaient au bord du chemin ? Et si c’était le Christ souffrant lui-même qui venait à notre rencontre, sous les traits de chaque demande ? Je le saisis peu à peu : la prière n’était pas une pratique que nous accomplissions, la prière était une personne. Plus encore, ces inconnus nous révélaient ce que nous sommes : non pas des êtres qui prient de temps à autre, mais des êtres prière aux mollets brisés. Le psalmiste l’avait pressenti, lui qui, sous les accusations, se disait tout entier prière (Ps 108 (109), 4). Chaque intention reçue au bord de la route réveillait en nous cette source que le Père y a déposée avant même notre premier mot, ce cri de l’Esprit de son Fils envoyé en nos cœurs : « Abba ! » (Ga 4, 6). Des êtres prière en marche, portant l’espérance de leurs proches jusqu’aux mains d’inconnues. Le Christ ne nous attendait pas derrière les portes closes ; il se tenait debout au bord des rangs, aussi blessé que confiant, aussi dépouillé que donné.

En ce jour où l’Église fait mémoire de Notre-Dame du Rosaire, je revois notre calepin comme un chapelet de prénoms. Chaque nom, un grain entre les doigts ; chaque grain, un visage ; chaque dizaine, un Notre Père recommencé. Le pain de chaque jour avait alors le goût d’une inquiétude partagée, d’une confiance offerte à des pèlerines de passage. Nous avions peur d’oublier. Le Père, lui, n’oublie aucun nom. Une mère pourrait-elle oublier son nourrisson ? « Même si elle l’oubliait, moi, je ne t’oublierai pas » (Is 49, 15). Notre calepin ne lui rappelait rien : Johanne, Daniel, Annie, il les portait déjà. Et Jacques, pour qui toute prière semblait arriver trop tard… le Père connaît-il seulement le trop tard ? Ces jours-là, il s’incarnait dans ces proches inquiets qui nous arrêtaient, le cœur à découvert, pour qu’aucun des leurs ne demeure sans visage.

« Apprends-nous à prier. » Peut-être le Seigneur nous répond-il encore en nous remettant sur la route, là où les églises sont fermées mais où les croix gardent les bras ouverts, là où un inconnu nous tend un prénom comme on tend du pain. Alors la prière prend corps, en un certain lieu : le nôtre, nous qui sommes prière, pourvu que nous nous laissions arrêter en chemin.

Barbara Martel – bmartel@lepelerin.org

Intentions de prière récentes

Nous vous invitons à porter dans vos prières les intentions confiées par les membres de la communauté du Pèlerin. Consulter la liste complète des intentions ou soumettre votre propre demande de prière.

Lefebvre
Pays : Canada — 06/10/2026

Pour jeune femme 45 ans monoparenqui vient d’avoir une chirurgie pour cancer du sein.. pour les traitements de radiations et chimiothérapie à venir.


Kizlik françoise
Pays : France — 06/10/2026

Pour que nos jeunes trouvent dans ce monde un vrai sens à leur vie,se libèrent de la violence ,de la consommation effrénée,de l\'angoisse de l\'avenir


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